mercredi 21 février 2018


Au Québec, plus précisément à Montréal, on observe une grande variété d’origine ethnique et de culture différente. On y compte les Antillais, les latinos américains, les Asiatiques, etc. Parmi ceux-ci se trouvent également les Arabes. Dans le cadre d’une réflexion suite à une rencontre avec une personne musulmane, je me suis donc arrêté sur trois thèmes importants, la présence de la religion, l’éducation de cette religion et finalement la pratique de celle-ci. Pour cette entrevue, j’ai rencontré Nabil un homme vivant à Montréal depuis l’âge de deux ans qui m’a parlé de son parcours depuis son arrivé.

Arriver au Québec en 1990, Nabil était donc âgé de deux ans, maintenant âgé de 30 ans il m’a fait réfléchir sur son intégration et la culture qu’il a délaissée. Il y a donc deux grandes générations dans la culture musulmane qui s’est établie à Montréal. Les premiers sont ceux qui sont partis de leur pays d’origine pour offrir de meilleures conditions de vie à leurs enfants, soit la deuxième génération.

Cette première génération à apporter avec elle ses valeurs et ses pratiques, par conte leurs enfants n’ayant pas vécu (ou pratiquement pas) là-bas il est plus difficile pour eux d’apporter le bagage comme leurs parents. Ce qui fait en sorte que la présence de la religion pour la deuxième génération comme Nabil n’a pas une place plus importante qu’une autre : « Et dans la deuxième génération, on n’est plus dans l’ethnoreligieux : on parle de musulmans, mais lesquels? Les catégorisations habituelles ne sont plus possibles, compte tenu de cette diversité. On est quand même bien obligé de les nommer, c’est pourquoi je parle de musulmans ordinaires. Tout en montrant qu’il y a quelque chose d’extraordinaire dans ces musulmans ordinaires. » (GOLE, 2016, p.13)

Comme quoi cette deuxième génération ne fait pas partie de ce cercle autour de la religion. Il y a une perte de l’héritage culturel. Comme Nabil m’a souligné, lorsqu’il est arrivé au Québec ses parents ont choisi le quartier Anjou pour son éducation et il n’y avait aucun autre enfant arabo-musulman. Ce qui fait en sorte que les gens perdent leur culture, mais bien par choix.

« . La question de l’identité religieuse ou de l’absence de celle-ci était au cœur de l’enquête. On demandait aux participants de commenter le rôle de leur éducation dans leur identité religieuse héritée, leur propre engagement dans cette religion, le cas échéant, l’adoption de pratiques religieuses et l’acquisition éventuelle de pratiques non conventionnelles » (RAMJI, 2008, p.2). Effectivement, Nabil fait partie de cette catégorie de jeune arriver avant l’âge de 10 ans et qui a fait ses études ici. Pour lui, il est important de vivre sa vie comme il l’entend. Depuis l’âge de 15 ans, qu’il ne respecte pas tout à fait les pratiques religieuses de sa culture, par exemple, il consommait du cannabis durant le ramadan. Par compte à l’âge de 27 ans, il prit une décision pour son bien-être, simplement vivré. Cela à débuter lorsqu’il se rendit compte que pratiquement tout ce qu’il consommait contenait du porc (gélatine, le dentifrice), il prit donc la décision d’arrêter de faire semblant.

 

Ne connaissant ni le coran, ni les hadiths et de la sunna du Prophète, Nabil est un musulman qui ne pratique plus. Comment cela aurait pu être évité? Selon moi c’est un choix parental, effectivement arriver au Québec les parents de Nabil auraient pu l’envoyer prendre des cours du samedi : « Pour les dix autres sujets n’ayant connu que le système éducatif québécois, ce sont les savoirs savants et sociaux et les savoir-faire parentaux (pratique du ramadan, de la prière…), ainsi que, pour certains, les savoirs transmis au sein d’institutions religieuses et communautaires au Québec, qui viennent compléter leur connaissance de l’islam. » (TRIKI-YAMANI et MC ANDREW, 2009, p.11) Lorsque l’enfant connait que le système d’éducation québécois, il est un peu normal quant à moi qu’il ne connaisse pas l’histoire et les valeurs de la culture, par compte il en est des parents de maintenir les connaissances soit par des cours offerts, ou simplement par lui enseigner eux-mêmes. Donc autour de Nabil ses parents pratiquaient, son frère aussi (étant plus vieux, il a grandi en Algérie) et lui ont tout lâché puisqu’il ne sentait pas l’appartenance à la religion.

« D’autres parents, tant des hommes que des femmes, adoptent un rôle plus actif, soit en donnant des explications sur les pratiques telles que la prière, ou sur divers aspects de la vie quotidienne, comme les relations hommes-femmes ou encore la modestie. Ils peuvent aussi faire écouter ou réciter des versets du Coran à leurs enfants à différents moments de la journée (avant le repas, avant le coucher, etc.). Ceux-ci sont également encouragés à célébrer les fêtes en famille et à participer aux cérémonies religieuses, que ce soit à la maison ou encore à la mosquée. Quelques parents s’y rendent régulièrement accompagnés de leurs enfants, pour la prière du vendredi (surtout les pères) ou encore lors de fêtes et cérémonies. » (FORTIN, LEBLANC, LE GAL, 2008, p. 19). Donc du côté de Nabil, ses parents ont essayé, peut-être par manque d’appartenance eux-mêmes, ou simplement de la prise de conscience qu’il n’appartient pas à la même génération. Son entourage majoritairement de personne québécoise de « souche » qui ne suit pas de religion en moyenne. Donc malgré l’éducation (légère) des parents, depuis l’âge de 15 ans qu’il ne ressent pas cette foi.

En conclusion, après avoir rencontré Nabil, j’ai réfléchi aux nécessités de transmettre en tant que parent pour la durabilité des pensées, de la culture, des valeurs. Sans quoi, il y a possibilité de perde l’héritage familial et culturel. La présence de la religion, l’éducation de cette religion et finalement la pratique de celle-ci sont un héritage. Une histoire datant de plusieurs années qui avec le temps et les mouvements nomades des civilisations a des risques d’être perdu. Sans quoi l’entourage peut avoir une très grande influence sur les pratiques, j’ai su comprendre dans le cas de Nabil.

 

 

 

Bibliographie

FORTIN, Sylvie, LEBLANC Marie Nathalie, et coll. 2008, entre la oumma, l’ethnicité et la culture : le rapport à l’islam chez les musulmans francophones de Montréal

RAMJI, Rubina 2008, LA CRÉATION D’UN ISLAM AUTHENTIQUE les musulmans de deuxième génération qui grandissent au Canada

GOLE, Nilufer et SARTHOU-LAJUS Nathalie, 2016, entretient avec Nilüfer Göle, Propos recueillis par Nathalie Sarthou-Lajus, « Enquête sur “les musulmans ordinaires” d’Europe », Études 2016/1 (janvier), p. 83-94.

TRIKI-YAMANI, Amina, et MC ANDREW, Marie. 2009, Perceptions du traitement de l’islam, du monde musulman et des minorités musulmanes par de jeunes musulmans(es) du cégep au Québec.